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Information et Démocratie

mardi 8 juillet 2008, par Childéric Muller

« Entre une démocratie sans journalistes et une dictature avec une presse libre, je choisis la seconde. » La phrase serait de Benjamin Franklin. Evidement elle relève de l’humour puisque si les media sont libres, ils sont un rempart contre la dictature et garants de la démocratie.

« Entre une démocratie sans journalistes et une dictature avec une presse libre, je choisis la seconde. » La phrase serait de Benjamin Franklin. Evidement elle relève de l’humour puisque si les media sont libres, ils sont un rempart contre la dictature et garants de la démocratie. Cependant il est un cas de figure que Benjamin Franklin n’avait pas imaginé et qu’Hitler tenta d’expérimenter, avec succès pendant quelques années : des media, une presse, des journalistes aux ordres, dépendants de la propagande…

De tout temps le pouvoir a détesté l’indépendance des media : Depuis mes débuts dans les media, il y a plus de vingt ans, j’ai toujours assisté au mécontentement des politiques sur le traitement de l’information, de gauche comme de droite… Ces reproches s’exprimaient toujours en privé et étaient rarement accompagnés de pressions dont on craignait qu’elle ne furent relayées par les gazettes.

C’est bien un réflexe naturel et humain : lorsqu’on est au pouvoir, entouré de flatteurs et de bénis oui oui, on préfèrerait que les médias soient des supports de promotion de la politique gouvernementale. Des relais de communiqués de presse, dont on se passerait bien qu’ils osent l’analyse ou le commentaire. N’a-t-on pas entendu une requête récente pour qu’un fil de l’AFP soit dédié aux communiqués de presse intégraux, sans commentaire ? La tentation est grande : lorsqu’on rédige ces communiqués, on est déçu de ne pas les voir repris tels quels, dans la « ligne de communication » décidée en cabinet, on regrette que les journalistes fassent leur travail.

Dans l’opposition, on évoque facilement « les journalistes à la botte du pouvoir » ou « les apparatchiks ». C’est parfois vrai, mais le plus souvent les journalistes ont su exercer leur libre arbitre, protégés par leur indépendance, leur vrai rôle dans l’évolution de l’information vers la démocratie. Mais voilà : la limite est justement celle de leur dépendance.

A titre d’exemple, la première émission de débat dans l’Histoire mondiale de la télévision était française : A ARMES EGALES, dès 1969, les ministres et chefs de la majorité, se trouvaient dans un débat face à face avec les leaders de l’opposition, « à armes égales » après 1968, sur un concept inventé par l’un des jeunes patrons du Figaro, Michel Bassi. L’émission est mise à l’antenne par Pierre Desgraupes, LE boss de la chaine nationale (et publique, il n’y a pas alors d’autre modèle en France)… On y verra quelques grands moments de télévision et les premiers débats démocratiques en direct, des face-à-face mémorables, dont le célèbre Chirac-Marchais qui consacrera deux bêtes politiques télévisuelles. Mais l’émission agace Pompidou et les pressions se font sentir : le président de la République interdit à ses ministres d’y participer « ils ne peuvent s’abaisser à discuter avec des opposants » l’émission perd son intérêt. Puis le présentateur devra quitter le programme, « on ne peut être patron politique du Figaro et animer un débat » l’idée aujourd’hui fait sourire. A l’époque l’argument fut pris au sérieux. Enfin le coup de promo monté par Maurice Clavel « messieurs les censeurs bonsoir » servit finalement la reprise en main par le pouvoir… il fallait bien un prétexte !

Or depuis la privatisation des media de masse (sous Mitterrand, en 1986) un phénomène nouveau apparaît : l’information appartient à des actionnaires qui ont des intérêts divers et surtout y voient un moyen de pression sur le futur exécutif : Une influence supérieure au Pouvoir ! Ceux-là ont d’abord cru que le pouvoir suprême serait d’influencer le peuple, dans le choix d’un exécutif qui servirait leurs intérêts. La télévision deviendrait un outil pour la croissance de leurs business, par le choix des dirigeants et l’orientation d’une démocratie sous contrôle médiatique. Mais l’arme est à double tranchant : ces grands media dépendent d’entreprises dont les dirigeants sont trop proches de ceux qui exercent le pouvoir, alors n’en deviennent-ils pas les prisonniers ? Et quelle influence réelle sur leurs rédactions, qui s’honorent de demeurer indépendantes ?

La question majeure reste donc la même : Le journaliste fait souvent de son indépendance sa fierté… Comment le maîtriser ? Au sein d’un groupe industriel, dont la culture n’est plus celle des media indépendants, mais celle des ressources humaines maison, la réponse est simple : si le journaliste risque sa place lorsqu’il élève la voix, continuera-t-il jusqu’au bout à jouer au héros ? Se risquera-t-il à quelques questions incisives lorsqu’un exemple a été donné, lorsque le plus populaire des présentateurs du 20 heures a été viré, lorsque le directeur d’un grand newsmagazine de presse va l’être dans les prochains jours… Pour crime de lèse-majesté ?

Mais dans l’Audiovisuel Public comment faire ? France télévision est à casser ! Il faudrait y installer de nouveaux dirigeants aux ordres ! Donc d’abord faire place nette. Simple de faire démissionner des dirigeants : il suffit que leur mission soit irréalisable : rendre les grandes chaînes nationales ingérables, par manque de moyens, par un nouveau cahier des charges impossible à respecter. Plus d’investissement au nom de la culture, moins d’attractivité populaire, moins de ressources publicitaires, un financement incertain et critiquable. Le tout en prétextant que la différence n’existe plus entre privé et public.

Et bien voilà nous y sommes ! Mais peut-on casser le service public audio-visuel pour cette seule raison ? (c’est un peu comme si l’on sous-finançait nos armées pour remplacer l’état major ou si l’on cassait les systèmes de santé pour virer les patrons des hôpitaux… mais ça c’est une autre histoire !)

Ces quelques évènements peuvent sembler anodins mais ils sont le reflet d’une volonté. Calmer les esprits rebelles, car ces temps-ci les journalistes s’en seraient donnés à cœur joie et deviendraient trop critiques à l’endroit d’un exécutif élu par le peuple, d’un exécutif que l’on aurait pas le droit de défier en en commentant les attitudes ou les actions… AU NOM DU RESPECT DE LA DEMOCRATIE ET DU VOTE DES CITOYENS !

Il est donc nécessaire de calmer les journalistes pour faire respecter la démocratie… CQFD

Childéric Muller, 45 ans, est journaliste de formation et producteur de télévision. Animateur vedette de 1983 à 1991 sur Antenne2, TV6, puis sur la Cinq. Depuis 1991, il se consacre exclusivement à la production : « Questions pour un Champion », « 100% Question », « A Table avec Maïté »… puis avec sa société de production WAÏ TV : « Le Printemps des Poètes 2000-2003 », et l’immense succès « CODE DE LA ROUTE, le grand examen ». Conseiller municipal de Marseille.

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