Dès le début du mandat, j’ai compris la prégnance du sujet de la sécurité en recevant une pétition signée par une centaine de concitoyens. Je découvre alors une situation apocalyptique : des agressions de commerçants, des personnes âgées menacées sur leur palier. Les chefs d’entreprise exaspérés. J’ai donc souhaité prendre RDV régulièrement avec la population pour traiter ce sujet. Les premières réunions ont été l’occasion de faire exprimer la colère. Nous nous sommes engagés dans une voie longue et difficile. Je suis un des rares Maires à garder en direct la délégation de la sécurité. Tout pour me faire réélire !
Dans la gestion quotidienne de la ville, chacun doit prendre ses responsabilités. L’État ne donne pas assez de policiers, mais même s’il le faisait, on n’est pas sûr que cela impacterait significativement la délinquance. La sécurité est une compétence régalienne de l’État, mais l’État est incapable d’assurer l’ordre, quel que soit le Gouvernement. La délinquance est trop diffuse, trop rapidement effectuée, en quelques secondes, et avec des impacts considérables.
Les faits de délinquance ont diminué dans leur ensemble, mais les vols avec violence sont en progression constante depuis une dizaine d’années. Nos villes sont confrontées à une véritable violence urbaine : arrachage de sacs de force, car-jacking… Les femmes et les personnes âgées en sont les premières victimes. On s’attaque au plus faibles. Aubervilliers a une histoire dans le grand banditisme, mais cette délinquance quotidienne est nouvelle, et en progression constante depuis 10-15 ans.
Nous sommes dépassés par la progression du phénomène. Il faudrait que « la peur change de camp », en comptant sur une mobilisation citoyenne forte : « transformer les plaintes en actions et les victimes en acteurs ». Nous avons réorganisé la police municipale avec un vrai chef, des effectifs renforcés et des locaux en centre ville. Ainsi, elle est très visible et capable d’intervenir plus fortement sur plusieurs quartiers à la fois. Nous musclons aussi le service de prévention d’aide aux victimes et d’intervention publique (le PAVIP). Il s’agit d’aider les personnes à porter plainte, de travailler sur une cartographie des incidents, et de mettre au point un protocole d’intervention publique (PIP) en mettant l’ensemble des acteurs autour de la table : bailleurs, policiers, élus, responsables du quartier. Il nous faut toutefois faire attention à « l’effet plumeau » car le risque est de déplacer la poussière, et donc les problèmes de sécurité dans le quartier voisin.
La mobilisation citoyenne est une des méthodes pour intervenir. On a créé des groupes de médiation citoyenne avec à leur tête un citoyen référent, signataire d’une charte. Il a des fonctions et des objectifs à remplir : venir au plus près des victimes, prendre contact avec le service prévention, pour que nous puissions organiser dans chaque quartier une veille, réagir très vite. Car le temps qui sépare l’agression de la prise en charge psychologique est déterminant, c’est souvent pendant le temps de l’isolement que se glisse la peur.
Enfin, je suis en dialogue permanent avec le Commissaire, je lis la carte de la délinquance toutes les semaines : le nombre, le type, le lieu des agressions. Je voudrais d’ailleurs tordre le coup à une idée reçue : l’oisiveté des policiers. Nationaux et municipaux, ils font un travail considérable.