Face à la recrudescence des agressions, les polices municipales et la police nationale se mobilisent : les Maires recensent et analysent les territoires, réorganisent les forces de police municipale, accueillent les victimes et les assistent, le gouvernement fixe des objectifs, étend les pouvoirs de la police nationale. Pour un match de foot au stade de France ou au Parc des Princes, plusieurs milliers de CRS sont déployés. Les efforts sont réels, mais le nombre de policiers semble alimenter le tonneau des Danaïdes. Ce n’est jamais assez, jamais au bon moment, la population reste sceptique, la peur serre la gorge.
Face à la recrudescence des agressions, le gouvernement décide la généralisation de la video surveillance. Mais cette mesure efficace pour le banditisme organisé, comme les braquages de banque, ou les actes de terrorisme, reste inopérant pour lutter contre les agressions physiques aussi nombreuses que diffuses.
Les habitants d’un même quartier s’organisent, se font connaître des commerçants, se construisent une chaîne de solidarité basée sur la reconnaissance. Dans le quartier de la Porte Pouchet, pour accompagner un groupe de personnes âgées et d’enfants à Eurodisney, c’est aux gars du quartier que l’association CQFD a confié la sécurité. Arborant un brassard rouge et responsables de l’ensemble du groupe jusqu’au retour, ils ont rempli leur mission. Plus tard, impossible d’agresser la petite mamie qu’ils avaient eux-mêmes raccompagnée jusqu’à chez elle. À l’origine de ce succès, la décision, le pari de Karl Berkemal de leur donner un rôle dans la collectivité.
La violence actuelle a plusieurs origines. Celle qui apparaît en premier appelle la responsabilité du politique. Qui a permis la construction des cités ? Qui a rempli les étages de familles d’origine étrangère, sans mixité aucune ? Qui a construit patiemment pendant plus de trente ans de véritables ghettos ? Tous les logements sociaux sont attribués par les élus… Concentrer les logements sociaux et très sociaux sur un même territoire est un choix politique.
La violence est en chacun de nous. Elle s’exprime non en fonction d’une nature, mais en fonction d’une situation. Dans nos sociétés occidentales, les inégalités se creusent à grande vitesse : en 1968, l’écart de salaire en France était de 1 à 39, en 2008, il est de 1 à 1100. L’écart de patrimoine s’est aussi creusé, de 1 à 10 millions. Tandis que les inégalités augmentent, l’ascenseur social s’immobilise. Ou dit de manière moins politiquement correcte : les possibilités « légales » offertes par notre société à un jeune qui souhaite développer ses revenus au-delà du SMIC sont de plus en plus rares.
Alors, oui, il y a des jeunes qui refusent ce que la société leur propose comme seule solution. Ils se lancent dans les trafics, pas forcément la drogue, mais toute sorte de trafics illégaux. Dans cette économie parallèle, qui rapporte vite, plus de règles, ou plutôt une seule : la violence et encore la violence.
Ainsi le blocage social et la sécurité rentière d’une minorité ont des conséquences dramatiques pour la population. La vraie question est la suivante : « Quelle société voulons-nous ? » Allons-nous enfin questionner notre système d’ascenseur social ? Qu’est ce qu’on offre aux jeunes ? S’ils n’ont pas d’espoir possible en harmonie avec l’ensemble de la société, ils n’auront de cesse de trouver d’autres moyens, aussi terribles soient-ils.